(…) Les boucaniers sont ainsi nommés à cause du mot de boucan, qui est une façon de gril de bois, composé de plusieurs bâtons ajustés sur quatre fourches, sur lesquelles les boucaniers rôtissent des porcs quelques fois tous entiers, dont ils se nourrissent sans manger de pain. C’était en ce temps une sorte de gens ramassés, devenus adroits et vaillants par la nécessité de leur exercice, qui était d’aller à la chasse des boeufs pour en avoir les cuirs, et d’être chassés eux-mêmes par les Espagnols, qui ne leur donnaient jamais de quartier. Comme ils n’avaient jamais voulu souffrir de chefs, ils passaient pour des gens indisciplinables, et dont la plus grande partie s’étaient réfugiés en ces lieux, et réduits en cette manière de vie, pour éviter les punitions dues aux crimes qu’ils avaient commis en Europe, et cela se pouvait vérifier pour plusieurs.
Ils n’avaient ordinairement aucune habitation, ni maison arrêtée, mais seulement des rendez-vous où étaient les boucans, et quelques ajoupas, qui sont des auvents couverts de feuilles pour les garantir de la pluie, et pour mettre les cuirs de boeufs qu’ils avaient tués, en attendant que passât quelques navires pour les troquer contre du vin, de l’eau-de-vie, de la toile, des armes, de la poudre, des balles et quelques autres ustensiles dont ils avaient besoin, et qui sont tous les meubles des boucaniers. (…)
Histoire générale des Antilles de l’Amérique habitées par les Français par le R.P. Jean-Baptiste Dutertre (1667-1671)









